« Israël a gâché une occasion en or de faire libérer les corps de Goldin et Shaul »

La réconciliation entre Israël et la Turquie, après des années de froid diplomatique, a été présentée comme un succès stratégique. Mais pour les familles des soldats Hadar Goldin et Oron Shaul, tués lors d’une opération à Gaza et dont les corps sont retenus par le Hamas, l’accord a un goût amer. Selon elles, Israël a laissé passer une occasion en or d’obtenir leur restitution.

Ce que contient l’accord

L’accord prévoit le retour des ambassadeurs, la normalisation des relations et un mécanisme de compensation concernant l’affaire de la flottille du Mavi Marmara, lors de laquelle des militants avaient attaqué des soldats de Tsahal. En revanche, il ne comporte aucune exigence contraignante pour que la Turquie fasse pression sur le Hamas afin de libérer les deux Israéliens détenus dans la bande de Gaza, ou de rendre les dépouilles des soldats.

Or la Turquie entretient des liens formels avec le Hamas et accueille certains de ses responsables. Elle dispose donc d’une influence réelle sur le mouvement islamiste. Pour les familles, c’était le moment ou jamais d’utiliser ce levier.

Le cri des familles

Les proches des deux soldats rappellent que leurs fils se sont battus avec la certitude que, s’il leur arrivait malheur, l’État ferait tout pour les ramener et les enterrer en Israël. Ils affirment que le gouvernement leur avait assuré que les négociations sur le blocus de Gaza incluraient une clause exigeant ce retour. Selon eux, cette disposition a disparu du texte au dernier moment.

Les familles ont multiplié les rencontres avec les responsables politiques, les manifestations et les interventions dans les médias pour que la question ne soit pas reléguée au second plan. Elles demandent que toute concession accordée à la Turquie ou au Hamas soit conditionnée au retour de leurs fils.

Un principe fondateur de Tsahal

En Israël, l’engagement de ne laisser aucun soldat derrière soi est un principe profondément ancré. Il a conduit, dans le passé, à des échanges de prisonniers très coûteux, souvent critiqués mais acceptés au nom de cette promesse faite aux combattants et à leurs familles. L’affaire Goldin et Shaul met ce principe à l’épreuve.

Le gouvernement fait valoir que l’accord avec la Turquie sert les intérêts stratégiques du pays, notamment dans les domaines économique et énergétique, et que les efforts pour ramener les soldats se poursuivent par d’autres canaux. Mais pour les familles et une partie de l’opinion, l’absence de toute mention dans un accord aussi important reste incompréhensible. Le débat oppose ainsi la raison d’État à une dette morale envers ceux qui ont donné leur vie.