Un chef du Hamas expulsé de Turquie
La réconciliation entre Israël et la Turquie a eu une première conséquence concrète. Saleh al-Arouri, l’un des fondateurs de la branche armée du Hamas, a été prié de quitter le territoire turc. Une décision qui, selon de nombreux observateurs, s’inscrit dans les discussions ayant précédé la normalisation des relations entre Ankara et Jérusalem.
Un responsable au lourd passé
Saleh al-Arouri a passé de longues années dans les prisons israéliennes avant d’être expulsé vers la Syrie. Lorsque les bureaux du Hamas à Damas ont fermé, au début de la guerre civile syrienne, il s’est installé en Turquie. Israël l’accuse d’avoir été impliqué dans l’orchestration de l’enlèvement et de l’assassinat de trois adolescents israéliens dans le Goush Etzion, un drame qui avait précédé une guerre à Gaza. Il était également soupçonné de diriger depuis la Turquie des réseaux du Hamas en Cisjordanie.
Le pouvoir turc a demandé aux médias de ne pas publier les raisons de son départ, signe de la sensibilité du dossier.
Les termes de la réconciliation
L’accord entre Israël et la Turquie prévoit le retour des ambassadeurs dans les deux capitales. Israël a accepté de créer un fonds de compensation pour les personnes tuées lors de l’assaut contre le Mavi Marmara, et la Turquie renonce en échange à toute poursuite à ce sujet. La coopération énergétique, notamment un projet de gazoduc entre les deux pays, a également été évoquée.
Pour Israël, l’un des enjeux majeurs était de limiter les activités militaires du Hamas sur le sol turc. Si Ankara n’a pas rompu avec le mouvement islamiste, dont elle soutient la direction politique, le départ d’al-Arouri a été interprété comme un geste de bonne volonté.
Un équilibre fragile
La Turquie entend continuer à jouer un rôle dans le dossier palestinien et à soutenir la population de Gaza. Elle veut aussi relancer ses relations économiques et stratégiques avec Israël. Concilier ces deux objectifs suppose de distinguer, au moins en apparence, l’action politique du Hamas de ses activités militaires.
Pour les services de sécurité israéliens, l’expulsion d’un responsable ne suffit pas à démanteler les réseaux. Saleh al-Arouri a poursuivi ses activités depuis d’autres pays, notamment le Qatar et le Liban. Mais son départ de Turquie a montré que la normalisation des relations pouvait s’accompagner de contraintes réelles pour le Hamas, et qu’Ankara n’était pas prête à sacrifier sa relation avec Israël pour protéger tous les dirigeants du mouvement.

