Une chanteuse arabe se lâche en direct sur une chaîne égyptienne : « L’esprit arabe a un problème »
Les propos ont fait le tour des réseaux sociaux du monde arabe. Invitée sur la chaîne égyptienne Al-Nahar, la chanteuse koweïto-saoudienne Shams Bandar, connue sous le nom de Shams la Koweïtienne, a livré une critique sans concession de la manière dont les sociétés arabes abordent leurs difficultés.
Une autocritique en direct
Selon la chanteuse, l’esprit collectif arabe a un problème, et tant que ce problème ne sera pas reconnu, il ne pourra pas être réglé. Elle a reproché à ses compatriotes de rejeter systématiquement leurs fautes sur les autres, et d’avoir toujours besoin d’un responsable extérieur pour expliquer leurs échecs, qu’il s’agisse de l’Occident, des puissances coloniales ou d’Israël.
Cette prise de parole tranche avec le discours dominant dans de nombreux médias de la région. Elle s’inscrit dans un courant minoritaire mais réel d’intellectuels, d’artistes et de journalistes arabes qui appellent à une remise en question interne plutôt qu’à la dénonciation permanente d’ennemis extérieurs.
Une artiste habituée à la controverse
Shams Bandar s’est fait connaître dans le Golfe pour sa musique pop et ses positions souvent provocantes. Elle a déjà été critiquée pour ses tenues, ses déclarations sur la religion ou sur la place des femmes. Ses interventions télévisées suscitent régulièrement de vifs débats, entre ceux qui saluent son courage et ceux qui l’accusent de dénigrer sa propre culture.
Le débat sur la responsabilité
Ses propos rejoignent un débat ancien dans le monde arabe. Des penseurs ont depuis longtemps analysé ce qu’ils appellent la culture de la victimisation, qui empêcherait les sociétés de se réformer. Les rapports sur le développement humain dans le monde arabe, rédigés par des experts de la région, ont également pointé des retards en matière d’éducation, de libertés et de place des femmes.
Il ne s’agit pas de nier les responsabilités extérieures dans l’histoire de la région, ni de généraliser à des centaines de millions de personnes aux opinions très diverses. Mais l’intervention de Shams Bandar rappelle qu’une part du changement dépend de la capacité des sociétés à regarder leurs propres faiblesses. Qu’une telle déclaration soit faite en direct, sur une grande chaîne égyptienne, montre que ce débat a désormais sa place dans les médias arabes grand public, même s’il reste minoritaire et souvent contesté.

